Ecriveuse en herbe

Envoi d'histoires, textes, nouvelles, scénario de BD et tentative de roman que j'ai écrit. Plus elles sont bien, plus il y a d'étoiles après le titre. Bonne lecture ! (textes protégés donc demandez avant de les utiliser merci)

dimanche 27 mai 2007

L'option Boîte de Claquemurge ****

Fanfiction en hommage au plus grand : Terry Pratchett

L’option Boîte de Claquemurge

« Bonjour Monsieur ! Heu… Monsieur ?

L’homme grand et maigre sursauta en réalisant qu’on s’adressait bien à lui. Rincevent était de l’avis général, même si ce n’était pas particulièrement le sien, le plus mauvais mage de toute l’Université de l’Invisible. Il travaillait au service du bibliothécaire et on considérait qu’il avait à peu près autant d’utilité qu’un meuble[1], c’est pourquoi la plupart des gens ne se donnaient pas la peine de lui adresser la parole.

Son interlocuteur avait de plus un air respectueux voir même vaguement inquiet que Rincevent n’avait guère l’habitude voir en face de lui. Par réflexe il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule pour voir si un mage important ne s’était pas glissé en douce entre lui et la série des Classicus qu’il était en train de ranger. Mais ce n’était pas le cas.

Celui qui l’avait interpellé lui disait quelque chose. Un dos un peu voûté, des cernes, des cheveux en bataille, une odeur rappelant qu’il était loin de la maison de sa maman et devait choisir ses sous-vêtements tout seul, plus de boutons d’acné que de barbe… Soudain la lumière se fit : un étudiant ! Evidemment, à force de vivre dans une université, on finissait forcément par en croiser un un jour ou l’autre[2]. Quoique plus souvent en train de faire le mur pour aller vider quelques chopes au Tambour crevé que dans la bibliothèque où ils risquaient toujours de se faire lire un bouquin plus costaud qu’eux.

L’étudiant continua : « Vous êtes bien le mage Rincevent ? J’aurais un service à vous demander, Monsieur.

Cette modeste phrase déclencha les pires craintes de Rincevent. D’un geste de la main il arrêta l’étudiant et lui demanda :

_ Il ne s’agit pas de sauver le monde, n’est-ce pas ?

_ Pardon ?

_ Et pas un pays non plus ? Ni une demoiselle en détresse ? Non, de toutes façons il n’y a pas la moindre chance pour que je rencontre un jour une demoiselle, ou alors une de quatre-vingt treize ans peut-être. Il est hors de question que j’accepte la moindre quête, tu comprends.

_ Mais… heu… non, Monsieur, rien de ce genre. J’aurais juste besoin de renseignements pour un devoir.

_ Et tu comptes froisser le tissu de la réalité pour voir si tu arrives à le repasser ensuite ? Interviewer le Créateur et lui demander pourquoi il a oublié la mayonnaise ? Un truc dans ce genre-là ?

_ Non Monsieur. On m’a dit que vous aviez un coffre en poirier savant et je voulais rédiger mon devoir dessus. Si ça ne vous dérange pas. »

Immédiatement Rincevent se sentit soulagé. Une longue existence (allez savoir pourquoi, les moments horribles lui paraissaient toujours plus longs) passée à affronter les Choses de la Basse-Fosse, voyager entre les univers, renverser des gouvernements, défier les dieux et les héros, et d’une façon générale à éviter de se faire tuer de centaines de manières variées et souvent exotiques lui avait donné un instinct de survie surdéveloppé. Il était l’as des as de la fuite, et même si chaque fois qu’il avait sauvé sa peau c’était pour se jeter dans la gueule d’un loup tout juste un peu plus gros, la Mort lui[3]-même disait de Rincevent : « Ah oui, celui-là… ». Son système d’alarme personnel s’était donc déclenché immédiatement en entendant l’autre l’appeler Monsieur avec une majuscule et par-dessus le marché être poli. Car on ne sait jamais à quoi s’en tenir avec les gens polis qui vous demandent un service. Au moins, un coup de pieds annonce franchement la couleur, et il y a peu de chance pour que celui qui vous le donne ait ensuite l’intention de vous faire autre chose que de vous donner un autre coup de pied (voir un crachat si c’est le videur d’une taverne dans laquelle vous êtes ivre mort et dépouillé de tous vos biens). Tandis qu’un service, c’est à tous les coups vous envoyer au-devant d’une mort atroce pour une noble cause. Rincevent n’avait rien contre les nobles causes. Il estimait simplement que sa vie était à elle seule une cause encore plus intéressante, et surtout savait qu’il était le seul à vouloir la défendre.

Mais si ce gamin voulait étudier le Bagage, Rincevent lui-même ne risquait rien. Enfin normalement.

_ D’accord. On va demander une dispense au bibliothécaire et je te montre mon Bagage.

_ Une dispense ?

_ Une dispense de responsabilité. Au cas où il t’arrive quelque chose. Il hiberne toujours en hiver et il est un peu bougon au réveil.

L’étudiant pâli légèrement mais resta parfaitement silencieux et déterminé en signant la dernière feuille d’un véritable cahier contenant la liste non exhaustive des malheurs pouvant affliger les pauvres étudiants et donc l’Université n’était évidemment pas responsable. Le bibliothécaire tenta bien de lui adresser une mise en garde, en vain.

_ Ne râle pas, lui dit Rincevent, le petit sait ce qu’il fait.

_ Ook.

_ Et puis il faut qu’un responsable signe. Vas-y toi, je n’ai pas le niveau.

_ Ook ook ook.

_ Je sais. Mais bon. C’est un étudiant quand même.

Le bibliothécaire soupira. Depuis qu’un accident de magie l’avait transformé en orang-outan, il avait tendance à jeter sur l’humanité un regard plus philosophe[4] et observait souvent cette tendance à vouloir mettre les doigts dans la prise de l’univers pour avoir une coiffure plus intéressante. D’un autre coté, lui-même n’aimait guère les étudiants, surtout les nouveaux, qui trouvaient toujours moyen de se perdre dans les rayonnages infinis, se faire attaquer par des ouvrages colériques, voir même croire qu’ils avaient le droit d’user les livres en les lisant. Il saisit la plume par le pied et signa. Rincevent lui éplucha une banane, la partie préférée et essentielle de son travail à vrai dire. Puis il emmena le petit dans sa chambre pour qu’il rencontre son Bagage. Le bibliothécaire les suivit d’un regard lourd de sens.

Sur le chemin, l’étudiant posa la question qui le chiffonnait depuis quelques minutes :

_ Vous pensez vraiment qu’il y a un Créateur, qui aurait fabriqué l’univers, les étoiles, la grande A’Tuin et le monde ?

_ Ben oui.

_ Je veux dire… Ce n’est pas très… mage, comme façon de voir.

_ Petit, quand tu auras progressé, tu sauras que dans la vie il y a les façons de voir, qui sont logiques, et la réalité, qui ne l’est pas.

_ Mais… pourquoi le Créateur aurait oublié la mayonnaise ?

_ Chais pas. Peut-être qu’il aime son sandwich comme ça.

_ Un sandwich ?

_ Œuf-cresson. Il n’était pas très bon. »

L’étudiant se tut le reste du chemin. On lui avait parlé de Rincevent (en général les expressions qui revenaient étaient "crétin", "nul", "même pas capable d’écrire le mot mage correctement", "la honte de l’Université" et "les ennuis ne sont jamais loin derrière lui"), mais personne ne s’était donné la peine de le prévenir qu’il était fou à lier. En même temps, ce genre de choses se remarque rarement à l’Université de l’Invisible. Passer une centaine d’années à passer la réalité dans le tamis de l’étude pour voir ce qu’il reste et à survivre à ses collègues en mal de promotion a tendance à porter sur la cervelle de n’importe qui.

Ils entrèrent dans la chambre minuscule et sentant les chaussettes du mage. Rincevent frappa légèrement à la porte de son armoire, puis l’ouvrit. Elle était encombrée de vêtements appartenant aux locataires précédents de la chambre. Tout en haut, ronflant dans un léger bruit de scie, dormait le Bagage.

Rincevent lui dit :

« Allez, descend. »

Pendant quelques secondes, rien ne se passa. Puis des centaines de minuscules pieds poussèrent sous la malle en bois et le Bagage tomba lourdement sur le sol, écrasant au passage les orteils de l’étudiant avec un plaisir plus qu’évident. Le Bagage n’avait pas visage ni quoi que ce soit d’autre qui aurait pu lui servir à s’exprimer, mais on arrivait toujours à savoir ce qu’il ressentait.

« Bagage, ce type veut voir comment tu fonctionnes. Alors soit sage. Fais bien tout ce qu’il te dit, d’accord ? Comme si c’était ton propriétaire.

Le Bagage claqua légèrement du couvercle. Il paraissait étonnamment de bonne humeur pour un réveil, et Rincevent se dit qu’il ferait mieux de partir et de ne pas s’en mêler. Après tout, le petit avait signé. Et le fait que le Bagage ne fasse jamais vraiment exactement tout ce que même son propriétaire lui disait ne voulait pas dire qu’il allait obligatoirement… faire une bêtise.

_ Soyez sages tous les deux ! » jeta Rincevent avant de quitter la pièce et de retourner à la bibliothèque. Il se demandait ce qu’on pouvait bien trouver à étudier sur le Bagage. Il était en poirier savant, il suivait son propriétaire partout dans l’espace et le temps en piétinant assez sadiquement ce qui se dressait entre le propriétaire en question et lui, et quand on mettait ses affaires dedans on les ressortait impeccablement lavées et repassées. D’ailleurs, on pouvait mettre un nombre assez impressionnant de choses dans le Bagage et ne retrouver ensuite que des sous-vêtements impeccablement lavés et repassés. Impossible de savoir où était passé le reste : même interrogé, le Bagage faisait l’innocent, voir carrément la sourde oreille. Rincevent espérait que tout aller bien se passer.

« Ook ? proposa aimablement le bibliothécaire en lui tendant une banane.

_ Oui, merci. »

Rolando Pedzouille attendis quelques secondes que Rincevent se soit éloigné avant de sortir un livre ô combien précieux. Rolando était un étudiant d’un genre particulier : il travaillait d’arrache-pied, mais seulement sur les sujets qui n’avaient rien à voir avec ses cours et ses diplômes. Il était donc lamentablement recalé d’année en année, tout en étant incollable sur des thèmes aussi passionnant le cycle de vie du papillon météo quantique, le nombre d’anges capables de danser sur une tête d’épingle et le rôle du hasard dans tout bon sortilège qui se respecte (d’après ses calculs, il y avait une chance sur 70 356 109 222 pour que le sort qui transforme la pluie en vinaigre fasse exploser tout l’univers lors de son utilisation). Depuis quelques temps, il s’intéressait au mythique continent Contrepoids et à ses merveilles, dont les coffres en poirier savant. Jamais il n’aurait cru qu’il aurait la chance d’en voir un de ses propres yeux avant qu’on ne lui parle de Rincevent et de la nature exacte des ennuis qu’il traînait en permanence derrière lui. Maintenant il feuilletait le livre écrit en idéogrammes pour vérifier quel modèle il avait en face de lui. Si par miracle le Bagage de Rincevent possédait l’option qu’il avait approximativement traduite par "ciel infini mêlé de vent et de purin[5]", et qui correspondait d’après ses recherches à la Boîte de Claquemurge[6]

Rolando mesura rapidement le Bagage, nota la forme de ses ferronneries et celle de ses pieds, le grain du bois, le nombre et l’emplacement de chaque nœuds. Il l’ouvrit. Le Bagage était parfaitement vide et avait vu de l’intérieur l’apparence toute à fait normale d’une simple malle en bois. Il le referma. Puis actionna un minuscule réglage caché dans un clou du couvercle. Il ouvrit une nouvelle fois le couvercle, qui poussa un long grincement proche du gémissement. Et cette fois à l’intérieur Rolando trouva le monde entier.

Après une petite danse de joie, l’étudiant se pencha par-dessus le rebord du Bagage et observa, loin en dessous de lui, la minuscule Université de l’Invisible dans laquelle, il le savait, se trouvait un minuscule Rolando penché sur un minuscule Bagage et un monde encore microscopique contenant un Rolando microscopique, et cela à l’infini. La Boîte de Claquemurge était un sortilège rigoureusement interdit et le seul exemplaire connu était sous bonne garde dans la bibliothèque, mais les professeurs en avaient tout de même parlé aux étudiants parce que c’était le genre de paradoxes à se sortir la cervelle par les oreilles et se la nouer sous le menton dont ils raffolaient. Rolando avait eu zéro et avait été le seul élève à comprendre les merveilleuses possibilités de la Boîte. Car maintenant qu’il se trouvait devant le Disque-Monde, il était un dieu. Même pas besoin d’aller sur le Cori Celesti pour écraser d’un seul doigt les dieux déjà existants. Il n’avait plus ensuite qu’à laisser la foi s’amasser autour de son Doigt magique et surpuissant pour avoir les plus fabuleux pouvoirs dont il avait jamais rêvé… Bien sûr pas question de rendre un jour le Bagage à cet idiot de Rincevent.

Mais tout d’abord…

Un sourire cruel sur le visage, Rolando avança la main dans le Bagage vers l’Université de l’Invisible. Il entendait les gens piailler en dessous et leurs hurlements, beaucoup plus forts, au-dehors, tandis qu’une main géante se rapprochait lentement d’eux. Les nuages lui mouillaient la manche et il pensa qu’avec un bon réglage, il n’aurait aucun mal à attraper le soleil comme une balle brûlante et à l’envoyer faire un petit plongeon dans la mer. Mais il gardait ce tour-là pour si ses fidèles se montraient réticents. Pour le moment, il cherchait le professeur en lecture embrouillée et aléatoire qui lui avait mit une si mauvaise note à son devoir sur les écrits impossibles.

« Ook, affirma le bibliothécaire.

_ Nan, quand même pas, répondit Rincevent.

Mais le bibliothécaire connaissait parfaitement le contenu de chacun de ses livres et qui les avait emprunté. Il rappela au passage à Rincevent que c’est lui qui avait laissé Rolando avec le Bagage.

_ Mais comment je pouvais savoir qu’on peut ouvrir une Boîte de Claquemurge avec ! se défendit Rincevent.

_ Ook.

_ Oui, bon, c’est facile pour toi de dire ça. »

Un silence. Puis :

_ Ook ook ooook.

Un autre silence. Puis :

_ Pourquoi moi ?

Le bibliothécaire se tourna vers Rincevent.

_ Ook.

Rincevent soupira.

_ Ah bon. »

Dans l’odorante cité d’Ankh-Morpok, les badauds s’étaient rassemblés pour voir une immense main s’abattre sur l’Université de l’Invisible. Les trois quart d’entre eux, en tous cas. Le dernier quart était venu pour profiter de la présence des trois premiers et leur vendre des saucisses[7]. Ils devaient bien admettre, tous, que c’était un spectacle qui valait le coup d’œil. Dans l’ensemble, la foule encourageait les mages qui jetaient des sortilèges dans tous les sens avant de s’enfuir aussi vite que leur embonpoints généreux le leur permettait, mais tout le monde riait de leurs gesticulations quand les sorts échouaient et que la main essayait de les écraser comme des fourmis. Le commerce de saucisses marchait très fort.

Evidemment, si les badauds avaient su que Rolando considérait Ankh-Morpok comme un crachat à la face du Disque-Monde[8] et qu’il comptait bien arracher la ville, la jeter quelque par et planter quelque chose de plus joli à la place[9], ils aurait protestés vigoureusement. Pour le moment, ils considéraient l’affaire comme relevant strictement du domaine des mages, et les paris allaient bon train.

Rincevent atteignit la chambre. Il allait devoir arrêter un dingue qui menaçait le monde entier, une fois de plus, preuve que son instinct de survie avait une fois de plus sonné l’alerte judicieusement (et une fois de plus parfaitement en vain). Sauf que…

Dans la petite pièce ne restait plus que le Bagage, qui affichait un air extrêmement satisfait, et une chaussure. Rincevent supposa qu’elle appartenait à l’étudiant. A tout hasard, il rouvrit le Bagage, qui ne contenait que des sous-vêtements parfaitement lavés et repassés.

« Bah, conclut le mage, je suppose que d’une certaine manière c’est mieux comme ça »

Il tenta par la suite d’oublier qu’en partant, il avait vu du coin de l’œil une longue langue rouge acajou sortir du Bagage pour lécher une série de dents en hêtre clair… Le Bagage était un accessoire de voyage pourvu de nombreuses options et mieux valait ne pas toutes les connaîtres.

 

[1] Mais était nettement plus facile à épousseter.

[2] Sauf dans la salle 3B où avaient lieu tous les cours de l’université, choisie par les professeurs mages pour l’excellente raison que personne ne l’avait jamais trouvée.

[3] La mort du Disque-Monde est bel et bien de sexe masculin. Quoique personne ne soit jamais allé vérifier. Disons qu’on le croit sur parole.

[4] Et sur les bananes un regard plus intéressé.

[5] Quoique ce dernier idéogramme peut aussi se lire "soleil".

[6] Ainsi nommée d’après le nom de son inventeur, client mythique du Tambour Crevé.

[7] Ou, dans le cas de Planteur Je-me-tranche-la-Gorge, quelque chose de marron enfoncé dans quelque chose de blanc et noyé dans la moutarde.

[8] Les habitants d’Ankh-Morpok eux-même estimaient que leur ville avait à peu près autant de valeur que les résidus inidentifiables qui restent collé au fond du caniveau même après une grosse pluie. Mais que ce n’était pas une raison pour en dire du mal.

[9] A tout hasard, une statue à sa gloire.


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vendredi 2 février 2007

Conte défait *****

Conte défait

Il était une fois un loup. Dans ce loup vivait une grand-mère. En théorie, elle n’aurait pas dû vivre très longtemps, mais il fallait bien qu’elle tienne le coup le temps que sa petite fille au chaperon rouge la rejoigne, avant qu’elles ne soient toutes les deux délivrées par le chasseur (ou le bûcheron). Elle tricotait, histoire de passer le temps.

Lui, ce n’était pas un méchant loup. Il n’avait simplement jamais été attiré par le végétarisme.

Bref. La petite-fille se faisait attendre. Dehors il faisait beau, un chaud soleil éclatant. Le loup commençait à avoir des envies de balades – et puis, la grand-mère pesait lourd, il avait soif. Le chant des oiseaux l’attirait irrésistiblement : peut-être pourrait-il en croquer un ou deux avant le dessert.

Flânant le long des chemins ombragés, trottant sur les talus herbeux, le loup finit par arriver jusqu’à une rivière. Là bien sûr il commença à boire -  jusqu’à ce qu’il entende une voix grêle mais exaspérée :

« Hey ! Tu me mouilles !

Le loup s’arrêta. Il regarda partout autour de lui. Personne. Même les oiseaux s’étaient tus. Un papillon se posa près de lui, mais il n’avait pas l’air de vouloir engager la conversation. Haussant les épaules, le loup se remit à boire.

_ Mais enfin, ça suffit ! Ce ne sont pas des manières !

_ Où êtes-vous ? demanda timidement le loup. Ce n’était pas un loup timide pourtant, mais ce genre de chose lui filait les chocottes.

_ Ici !

_ Où donc ?

_ Mais là où tu m’arroses, voyons !

Interloqué, le loup regarda avec méfiance le ruisseau, et le suivit des yeux vers l’aval. Non, décidément, il n’y avait toujours personne. Il s’éloigna néanmoins de quelques pas, se planqua sous un buisson qui bordait l’eau et, mine de rien, se remit à boire en douce.

Lorsque la voix retentit à nouveau, il fut si surpris qu’il fit un bond et se cogna la tête dans les branches :

_ Ah, non, ne recommence pas, hein ! J’ai déjà de l’eau jusqu’à la taille. Tu ne voudrais tout de même pas que je me noie ?

Brusquement, le loup comprit que c’était la grand-mère qui lui parlait ! Il essaya de régler le problème en faisant sa grosse voix. Après tout, la vieille femme était mangée, elle n’avait qu’à se laisser digérer tranquillement et sans faire d’histoires.

_ Je n’en ai rien à faire. Je t’ai mangé, point final. Tu n’as rien à me dire – si tu avais des réclamations à faire, il fallait les faire avant.

Et, pour bien marquer son autorité, il avala une grosse gorgée d’eau. Furieuse, la grand-mère attrapa son tricot, en retira une aiguille et la planta résolument dans l’estomac de l’animal – non mais ! Celui-ci fit un bond de douleur, s’emmêla dans les branches du buisson, jura, pesta, et finit par se retrouver dans l’herbe, couvert de griffures. La douleur de son estomac finit par se calmer. Piteux, il commença à lécher ses plaies.

_ Ne te tortille pas comme ça, par pitié !

_ Il faut bien que je me nettoie, bougonna le loup. Je suis tout sale, et tout couvert de sang. C’est de ta faute, alors laisse-moi tranquille !

_ Tu n’as qu’à te laver.

_ C’est ce que je fais.

_ Trempe-toi dans la rivière.

_ Ah pas question, je déteste l’eau !

_ Ah bon ? On ne croirait pas ! Vide au moins toute celle qu’il y a dans ton estomac – il ne manquerait plus que je m’enrhume !

_ Et comment veux-tu que je fasse ça ?

La grand-mère lui suggéra un moyen que, selon le loup, les grands-mères ne devraient pas connaître. Mais elle le menaça de percer un trou d’évacuation à coup d’aiguille s’il n’obéissait pas, alors il dut bien trouver un arbre bien placé et se mettre à l’ouvrage.

Pendant que le niveau baissait, la grand-mère commença à bavarder. Au fond, elle n’était pas si mal, à par l’humidité : c’était un endroit confortable et bien chaud, et elle avait enfin toujours quelqu’un à qui parler. Décidément, la situation l’amusait de plus en plus.

En revanche, le loup n’était pas à la fête. La grand-mère prenait vraiment ses aises, son pauvre ventre était tendu à éclater, et il avait le sentiment très désagréable de s’être fait avoir quelque part. Il se jura tout bas que c’était bien la dernière fois qu’il avalait sa nourriture sans la mâcher (ça lui avait déjà joué des tours avec les sept petits chevreaux, et il ne tenait pas à renouveler l’expérience). En attendant, lui qui croyait avoir attrapé une entrée, voilà que ce n’était plus qu’une passagère encombrante et capricieuse. Il faudrait qu’il se débarrasse d’elle, et vite, avant de dévorer le petit chaperon rouge, la pièce maîtresse de son repas.

Une fois le ventre du loup à peu près sec, il repartit au petit trot.

_ Hé, où vas-tu comme ça ?

_ Chez un médecin.

_ Pourquoi faire ?

_ Tu n’as pas envie de sortir ?

_ Non, pas du tout. »

Le loup étouffa un juron. La situation était pire que ce qu’il pensait. Mais comment faisait-il pour se mettre dans des pétrins pareils ? Il était pourtant grand, fort, méchamment carnivore, et d’une puissance sans égale. Toutes ses proies étaient faibles et sans défense. Alors comment faisait-il pour toujours se faire avoir ?

Cette fois-ci, c’était à lui de se montrer plus malin.

D’abord, il vérifia s’il ne pouvait pas la faire sortir par lui-même. Mais non. Non seulement la vieille femme était bien accrochée, mais en plus elle se vengea immédiatement d’un méchant coup d’aiguille.

Tout bien réfléchi, le médecin n’était d’ailleurs pas une option sérieuse – tout ça, c’était chasseur, bûcheron et compagnie. Pas question de se laisser fourrager dans les entrailles par quelqu’un qui était peut-être l’ancien propriétaire des trois petits cochons architectes[1]. Mais qui pourrait l’aider ? Les loups sont des solitaires, et son carnet d’adresse était désespérément vide.

Assis sur son arrière-train, le carnivore envisageait plus ou moins de se laisser aller à hurler à la lune. Ça faisait longtemps que ça ne lui était plus arrivé. Mais le doux soleil de l’été ne convenait pas vraiment à ce genre de cérémonie, alors il décida qu’une sieste à l’ombre d’un grand arbre serait plus indiquée. De toute façon, il n’avait envie d’aller nul part avec ce ventre énorme, et puis les idées viennent en dormant, c’est bien connu.

Pendant ce temps-là, la fillette au capuchon rouge arrivait (enfin) chez sa mère-grand. Dans sa main droite, elle tenait un panier que lui avait donné sa mère, contenant une galette et un petit pot de beurre. Dans la gauche, elle tenait un bouquet de fleurs des bois plus gros que sa tête, qu’elle avait mit des heures à ramasser (d’où le retard. Mais ce n’est qu’un détail). Elle frappa. Silence. Frappa encore. Mais toujours rien.

Supposant sa grand-mère endormie sur son tricot, comme ça lui arrivait parfois, et en train de ronfler doucement devant la cheminée (enfin, quand on dit doucement, c’est une façon de parler), la fillette utilisa un truc bien connu pour les vieilles chaumières : elle tira la chevillette, ce qui fit choir la bobinette, et s’ouvrir la porte. Il ne lui restait plus qu’à entrer d’un pas primesautier. Plus facile à dire qu’à faire, quand on est chargé comme un mulet corse, mais elle parvint tout de même à poser ses fleurs et son panier sur la table, le tout presque sans le moindre dégât (de toute façon, sa mère-grand n’avait jamais aimé ce vase).

Puis elle partit à la recherche de la grand-mère. Etant donné la taille de la chaumière, c’était apparemment une tâche facile. Mais pourtant, la grand-mère resta introuvable. Personne dans le lit, ni dessous. Personne dans la cuisine. Personne dans les placards. Personne dans la cheminée. Personne dans le cellier. Et personne non plus à la cave – mais par contre, il y avait quelques bouteilles d’une boisson farouchement interdite aux enfants, que la fillette brûlait donc de goûter. Et puisque décidément il n’y avait personne nulle part, elle décida de finir son bouquet dans la forêt, et de vérifier par elle-même ce que le vin pouvait avoir de si mauvais pour les enfants. Elle laisserait le panier sur la table, et personne n’y trouverai rien à redire.

Elle repartit donc, d’un pas légèrement moins primesautier qu’à son arrivée, dans doute à cause de la bouteille accrochée à sa ceinture sous sa jupe. C’était un joli jour d’été, et elle commençait à avoir envie de se baigner. Elle marcha vers la rivière, le nez en l’air faussement détaché, des fois qu’elle croiserait quelqu’un. Ce qui explique qu’elle ne vit pas la grosse touffe de fourrure grise et trébucha sur la queue du loup, qui dormait comme un bienheureux malgré ses quelques maux d’estomac. Heureusement, elle ne se fit pas mal, mais le bruit de sa chute réveilla la grand-mère (qui avait finit, elle aussi, par piquer du nez), qui réveilla le loup.

L’animal se remit sur ses pattes d’un bond étonnamment souple. La fillette le reconnut : il lui avait indiqué le chemin de la chaumière, plus tôt dans l’après-midi. Il était toujours aussi beau, mais quelque chose avait changé, sans qu’elle puisse mettre le doigt dessus…

Le loup baissa les yeux. Puis les releva sur la petite fille d’un air accusateur. Il les baissa à nouveau. L’enfant les baissa à son tour. Elle lui marchait toujours sur la queue. Le loup releva les yeux. Elle releva les siens. Rougit. Puis recula d’un pas – dans un discret tintement de verre.

« Dis donc, là-haut, qu’est ce qui se passe ? demanda la grand-mère.

Stupéfaite, le petit chaperon rouge tourna la tête dans tous les sens, mais en vain : sa grand-mère n’était nulle part en vue. Elle demanda d’une toute, toute petite voix :

_ C’est toi, mère-grand ?

_ Mais oui, répondit la grand-mère. Que fais-tu donc ici, mon enfant ?

_ Ben, j’allais à la rivière pour me baigner, parce qu’il fait chaud… Tu sais, j’ai laissé un gros bouquet dans ta chaumière. Et un panier avec une galette et un petit pot de beurre. J’ai bien fait, hein ?

_ Tu as bien refermé la porte en partant ?

_ Heu, oui, bien sûr…répondit la fillette (qui n’en était pas sûre du tout, et qui préféra changer de conversation) Mais mère-grand, comme tu as de grandes oreilles ! Tout à l’heure, je t’ai même prise pour un loup.

Nous y voilà, pensa le loup. Il n’était pas vraiment prêt à jouer sa grande scène et n’était même pas déguisé, et la grand-mère lui posait toujours un problème de taille. Mais il n’était pas loup à refuser une aussi bonne occasion.

_ C’est pour mieux t’entendre, mon enfant, dit-il en imitant la voix de la grand-mère. Mais celle-ci se mêla encore à la conversation :

_ Pas du tout, elles sont tout à fait normales, mes oreilles !

Interloquée, la fillette continua néanmoins d’un ton méfiant :

_ Mais tu as aussi de très grands yeux…

_ C’est pour mieux te voir, mon enfant, dit le loup.

_ Mais enfin, ne parle pas de mes yeux, s’exclama la grand-mère, tu vois bien que je suis dans le ventre de cette sale bête !

_ Hé, se récria le loup avec sa plus grosse voix, tu étais bien contente d’y être, tout à l’heure, dans la sale bête ! Et puis ce n’est pas un langage pour une petite fille.

Les yeux grands comme des soucoupes, la fillette regarda le loup. Puis son ventre. Puis encore le loup. Elle trouvait le moment idéal pour tomber dans les pommes, mais comme ça ne venait pas, elle se contenta de demander d’une toute, toute petite voix au ventre de l’animal :

_ C’est toi, mère-grand ?

_ A ton avis ?

L’enfant réfléchit. A son avis, la priorité était de s’éclipser discrètement et de se débarrasser de la bouteille. Démêler cet imbroglio de corps et d’identité était nettement secondaire. Mais elle connaissait assez sa grand-mère pour savoir que ce genre d’avis n’était pas recevable. Elle fit donc un effort :

_ Alors, tu es là… dans le loup. C’est un vrai loup. Et… mince alors, le loup t’a mangé !

Se voyant découvert, le loup gronda :

_ Ne tentes surtout pas de t’enfuir !

_ Pourquoi je m’enfuirai ?

_ Mais… parce que je suis le loup. Je mange les enfants, surtout les petites filles. Et les grands-mères, à l’occasion. En fait, je mange tout ce que je peux attraper.

_ Mais moi je n’ai rien à craindre.

_ Ah bon ? Et pourquoi ?

_ Parce que maintenant que mère-grand est dans ton ventre, il n’y a plus de place, idiot !

La logique des enfants est un bastion que la réalité a souvent du mal à ébranler. Le loup tenta tout de même sa chance :

_ Si, si, il reste de la place. Tu sais, une fois j’ai dévoré six petits chevreaux ! Tous ensemble !

_ Comment t’as fais ?

_ C’était toute une ruse…

Confortablement assis à l’ombre, le loup s’apprêtait à se livrer à son grand plaisir : le récit de ses propres aventures, tours et méfaits. Pour une fois qu’il avait un public bien disposé ! A l’intérieur, la grand-mère ne s’agitait plus du tout : sous le son monocorde de la voix, elle s’était assoupie, et bientôt un ronflement sonore souligna le récit. Au grand dam du fauve, qui avait l’impression d’avoir avalé un chat[2].

De toute façon, c’était inutile : l’enfant ne le croyait pas, et tenait à ce qu’il le sache. Ce qui était un comble, après tout le mal qu’il s’était donné pour avoir l’air inoffensif, mais passons. Disons simplement qu’il n’était pas prêt de la digérer, celle-là.

La grand-mère non plus, d’ailleurs, ce qui était beaucoup plus inquiétant. L’estomac d’un loup a beau être d’une solidité et d’une élasticité à toute épreuve, il y a tout de même des limites à sa résistance aux coups d’aiguilles. Et puis le loup avait un défaut, soigneusement caché mais bien réel : il était très douillet, et ne supportait même pas la plus petite douleur. Donc, il faudrait qu’il prenne congé de son public ingrat (et futur repas. C’était un loup têtu.) pour trouver moyen de déloger la vieille femme.

Il essaya de prendre congé, avec toute la dignité que son rang d’animal féroce exigeait. Mais l’enfant le suivit, continuant à lui prouver par A plus B qu’il racontait vraiment n’importe quoi, et qu’il était en plus stupide d’essayer de le lui faire croire. Il tenta de courir pour disparaître d’un élégant et mystérieux bond silencieux, comme savent si bien le faire les loups… qui ont le ventre vide et les chasseurs aux trousses. Il faut bien admettre qu’avec une grand-mère dans l’estomac et une délicieuse enfant trottant à ses cotés dans un enivrant parfum de chair fraîche, c’était nettement plus délicat. Et comme, de toute façon, il n’avait aucune idée d’un endroit où aller ou de quelque chose à faire, il finit par s’asseoir sur le premier tapis de mousse qu’il trouva dans la forêt. C’était un loup paresseux, vous l’avez peut-être remarqué.

Un peu plus loin, il y avait des dizaines de jolies fleurs. Le petit chaperon rouge entama son second bouquet de la journée. L’air était très doux, l’après-midi touchait à sa fin. La grand-mère ronflait toujours. Le loup s’endormit à nouveau, ce qui est très mauvais pour les rebondissements de l’histoire.

De toute façon, il est impossible de dormir longtemps à coté d’un enfant :

« Eh, tu dors ? chuchota très fort la fillette.

_ Non, je fais semblant, grogne le loup.

L’ironie de l’animal passa à des kilomètres au-dessus d’elle.

_ Regarde mon bouquet !

Le loup entrouvre un oeil. Effectivement, la petite a rasé les fleurs de la clairière avec l’efficacité d’un mouton, et lui tend fièrement le résultat.

_ Qu’est-ce que tu veux que ça me fasse ?

_ Dis, si mère-grand allume du feu, est-ce que la fumée va sortir par tes oreilles ?

_ Je n’ai pas du tout envie d’essayer.

Quoique, ce serait une idée… mais non, quand même pas. Trop dangereux.

Le chaperon rouge regarda d’un coté et de l’autre, puis chuchota d’un ton de conspirateur :

_ Elle dort encore mère-grand ?

_ A ton avis ? dit le loup d’un ton désabusé, en ouvrant une large gueule.

Effectivement, on entendait très nettement le ronflement de la vieille femme. L’enfant fit un sourire mi-complice, mi-coupable :

_ J’ai un secret. Tu en veux ? »

Très intéressé, le fauve referma son immense gueule. Un secret qui se partage, c’est un secret qui se mange.

Ou se boit. Triomphale, le petit dessert sur pattes sortit de son jupon le précieux liquide. Le loup tordit d’abord le nez, peu alléché par l’odeur, mais finit par se laisser tenter et croqua goulot et bouchon d’un coup de dent. Puis ils se mirent à l’ouvrage.

Une bouteille de vin, c’est peu pour un humain adulte qui y a été habitué depuis l’adolescence. Par contre, c’était beaucoup pour nos deux compères. A la première gorgée, ils toussèrent, crachèrent et pleurèrent ce qu’ils savaient – il faut dire qu’ils s’étaient servis, l’un comme l’autre, une sacrée rasade. Mais, au bout d’un moment, ils constatèrent de drôles d’effets. L’enfant n’arrêtait pas de sourire, elle se sentait incroyablement joyeuse. La moindre touffe d’herbe était prétexte à un fou rire. Sa propre difficulté à marcher droit, puis dès la troisième gorgée à marcher tout court, lui parut du plus haut comique. Le loup, quant à lui, se sentait invulnérable. Jamais encore il n’avait eu autant confiance en ses propres talents – que le chasseur vienne le défier, et il lui en ferait voir !

Dans le ventre du loup, la grand-mère s’était réveillée. D’abord surprise, puis indignée, les vapeurs de l’alcool finirent par la rendre aussi gaie et aimable qu’elle l’était 60 ans plus tôt. Bientôt, au fur et à mesure que le niveau de la bouteille descendait, elle se mit en tête de danser tout ce qu’elle savait. Et une et deux, et gigue et tangue, elle roulait d’un coté, sautait de l’autre, tant et si bien que le loup, déjà bien malade (il venait d’achever le vin et était vert sous ses poils gris) finit par la régurgiter, entière et encore toute émoustillée, dans une gigantesque flaque de vin bientôt bue par la terre.

La fête ne s’arrêta pas pour autant. Endiablée, la grand-mère attrapa le loup haletant d’un coté, la petite fille malade de l’autre, et tourne manège ! Avec une force insoupçonnée, elle les fit danser au son d’une chanson paillarde (insoupçonnée elle aussi), jusqu’à ce qu’ils s’écroulent tous les trois et ne puissent plus faire un pas.

Notre histoire aurait pu se conclure sur ce charmant spectacle : l’enfant, la grand-mère et le loup dormant en harmonie dans la fraîcheur du soir. Mais hélas, un quatrième protagoniste devait entrer en scène : le grand bûcheron et sa terrible hache (ce qui fait cinq, en fait). Humant l’odeur du vin répandu, il suivit son nez jusqu’à la clairière. Et là, voyant le loup, il ne fit ni une ni deux : il leva la terrible hache, inspira profondément et l’enfonça d’un coup gigantesque qui résonna longtemps dans les bois.

Le sifflement de l’air sur la lame avait suffit à réveiller et achever de dégriser le loup, aussi le coup ne lui arracha que quelques poils de la queue… D’un bond magnifique et leste, quoi qu’encore un peu confus sur ce qui c’était passé, il disparut dans les bois, débarrassé de son encombrante passagère mais aussi, hélas, de l’entrée, du plat et même du dessert.

Moralité : si les loups portaient des dentiers, à la place de leurs mauvaises dents cariées, les contes prendraient souvent une toute autre tournure.

FIN

[1] Ce genre de choses lui arrivait sans arrêt. La dernière fois qu’il avait voulu faire ses courses à l’épicerie, il était tombé sur M. Seguin, qui s’était reconverti dans le commerce.

[2] Ce qui ne lui était pas arrivé depuis qu’il avait croisé un matou botté qui se vantait partout d’avoir mangé un ogre.


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mercredi 31 janvier 2007

Les magnifiques aventures de Couillu le Caribou **

Les magnifiques aventures de

Couillou le Caribou

Quand on est dans un pays étranger, il faut ramener des souvenirs aux copains-copines-famille. Au moins, niveau bonnets, écharpes et sirop d’érable, je savais où en trouver sans problèmes. Mais ce matin-là, Fanny m’a demandé un caribou.

« Gné ? ai-je élégamment répondu à sa demande.

_ Ben oui, un caribou. Un vrai, avec des bois et tout et tout !

_ Heu… tu sais que c’est gros ces machins-là ?

_ S’il te plait ! Tu ne peux pas revenir du Canada sans un caribou !

_ Heu… c’est obligé par la loi ?

_ Allez ! Et puis je l’appelerai Couillu ! Comme dans le sketch ‘‘Couillu le Caribou’’ !

_ Connais pas. »

A ce stade là, j’aurais encore put refuser. Mais Fanny a alors sorti le mot de passe secret, et je suis totalement incapable de résister à ce truc. Saleté.

C’est comme ça que je me suis retrouvée à l’aube planquée dans les buissons du parc Mont-Royal, à guetter les bêtes qui se rassemblaient pour boire dans le lac aux Castors (où il n’y a jamais eu le moindre castor d’ailleurs). J’étais armée de mon épuisette en guise de filet (ça marche avec les papillons, pourquoi pas avec les caribous ? C’est plus gros, donc plus dur à manquer). Et j’attendais.

Seulement, pas moyen de séparer un caribou du reste de la harde (à moins que ce ne soit une meute ? Bah, disons une gang). Je commençais à réfléchir à l’éventualité d’utiliser un pétard voir un bâton de dynamite, quand enfin j’en ai repéré un. Il était mis à l’écart de la gang, sans doute à cause de son strabisme. Ou de ses deux pattes folles. Ou de ses bois tordus. Ou de ses dents de lapin. Ou de son air vicieux. Ou du grain qui lui servait de cerveau. Quoi qu’il en soit, un caribou c’est un caribou, et puis c’est pour offrir : c’est le geste qui compte.

J’ai lentement fait le tour avec prudence mais empressement parce que j’avais peur qu’il me file sous le nez. Ça n’a pas l’air, mais ça détale comme des lapins ces grosses bêtes là.

Et du coup, j’étais tellement occupée à être rapide sans faire de bruit (ben quoi c’est vachement dur) que je ne me suis pas aperçue que j’avais la tête beaucoup plus légère : il avait commencé à brouter le pompon de mon bonnet.

Sous le choc, je lui ai donné un grand coup d’épuisette. Ce qui l’a fait lâcher et détaler. Mon pauvre pompon… Il s’est héroïquement sacrifié pour la cause. Ne t’en fais pas, compagnon d’armes, ton martyr n’aura pas été vain.

Parce que la bestiole n’a pas tardé à repointer le bout de son museau. Ah ça le pompon, il y a vite pris goût (monstre !). J’ai donc utilisé les quelques poils survivants pour l’attirer jusqu’à la station de métro la plus proche. Heureusement, les gens commençaient tout juste à émerger (je rappelle que c’était l’aube), du coup personne ne s’est rendu compte de rien. Parce qu’on a beau être à Montréal, il faut vraiment être un touriste pour s’emmerder à ramener un caribou à la maison. C’est un peu comme les pigeons en France. La station n’était pas vraiment à coté, mais je me voyais mal prendre le bus avec Couillu, même si il était finalement assez sympathique. En tous cas, il me donnait plein de gentils petits coups de tête dans le dos, comme si il voulait jouer. Et il me flairait les cheveux en soufflant très fort.

Je crois quand même qu’il était déçu que j’ai rangé mon bonnet.

Il a hésité un certain temps avant de franchir la porte de la station, à cause du vent violent que la différence de température déclenche à chaque fois. Et j’ai vite compris pourquoi : une fois qu’il est décoiffé, on se rend compte qu’il est quasiment chauve. Le pauvre doit passer des heures à se préparer tous les matins. Il a bien fallu trois brins de laine pour le convaincre de passer. En plus, j’ai dû payer deux tickets de métro pour lui faire passer les portiques : les pattes gauches sur l’un, les pattes droites sur l’autre, et heureusement que la barrière entre les deux est très basse. Au moins, il s’amusait comme un petit fou.

C’est à ce moment-là qu’un contrôleur est venu nous em… pardon, m’emmerder moi. Couillu, lui, s’en fichait comme de son premier pompon. Il (le contrôleur) m’a dit que je n’avais pas le droit d’emmener un animal dans le métro si il ne portait pas une muselière. Et puis quoi encore ! Comme si il allait se mettre à mordre tout le monde, nan mais je vous jure, en plus il fait si chaud dans le métro que tout le monde range bonnets et écharpes, donc rien à craindre…

Rien n’y a fait. Il a fallu que j’improvise (parce que je ne tenais pas à me taper les deux heures de marche jusqu’à la maison). Donc, j’ai acheté des barres de chocolat dans la boutique du métro, et pendant que mon cadeau baffrait, j’ai tissé les emballages pour lui faire une chouette muselière couleur aluminium, qui avait l’air très solide tant que personne n’éternuait dessus. Sauf que comme le tissage, c’est pas mon truc, j’ai collé le tout sur la tête à Couillu avec du chewing-gum. Le résultat était impeccable ! De toutes façons le contrôleur était partit, alors hein, c’est bien la peine de se fatiguer.

Une fois dans la rame de métro, Couillu s’est mis à sympathiser avec un rat qui jappait. Sauf qu’aucun rat ne peut être aussi laid, sa mère l’aurait tué à la naissance, ils ont le sens de l’esthétisme ces animaux-là. C’était peut-être un bâtard mi-rat mi-chihuahua, qui a ensuite servi à faire des expériences secrètes pour un psychopathe s’entraînant à la chirurgie esthétique ? Sur le moment, c’est tout ce que j’ai trouvé comme explication.

OK, il est évident que comme maîtresse de caribou je n’assurais pas des masses, vu ce que je l’ai laissé fréquenter. Mais avant de me juger, n’oubliez pas que je débutais.

Parce que quand je dis sympathiser, je veux dire que Couillu a tenté de lui rouler une pelle. Ou peut-être de manger son petit manteau en laine (quand même, Couillu n’est pas du genre à craquer pour une bestiole d’espèce non identifiable… quoique… si, en fait, c’est tout à fait son genre). Du coup, la chose s’est collée au chewing-gum. Très surpris, Couillu a tenté de s’en débarrasser en donnant de grands coups de tête partout (les mecs… je vous jure !), ce qui avec les bois a fait un peu peur à tout le monde, vu que ça résonnait dans tout le wagon. Quelqu’un a même failli tirer l’arrêt d’urgence, heureusement que je m’en suis aperçue et que je l’ai assommé à temps. Enfin quoi, pour des gens qui ont l’habitude, je trouve que les québécois manquent de sang-froid. La propriétaire de la créature non identifiable hurlait autant que sa bête, par-dessus le marché.

Du coup, à la station suivante, ils nous ont mis dehors ces salauds !

J’ai réussi à séparer les deux en scalpant l’hybride, dont les poils ont fait un très joli bouc à Couillon. C’est dommage qu’il ne l’ai pas attrapé sur la tête, ça lui aurait fait une perruque (de trois millimètres de long. Finalement, aucune importance). Puis on pris la rame suivante. Le voyage s’est terminé dans le calme. Ouf !

Parce qu’après ce n’était pas fini ! Il fallait encore monter jusqu’à mon troisième étage sans ascenseur !

Déjà, pour qu’il suive, j’ai dû sacrifier le reste de mon bonnet et lui faire une laisse en laine. Laisse que bien entendu il ne rêvait que de brouter. Jusqu’à ce que j’accroche dessus un petit caribou en peluche que j’avais acheté au Biodôme : au moins, il n’est pas caribouphage (c’est toujours ça de gagné).

Malheureusement, la porte de chez moi était trop étroite pour ses bois. Il fallait que je les coupe. J’ai rapidement fait un inventaire de mon sac, mais hélas j’avais oublié mon couteau suisse à la maison (TOUJOURS amener un couteau suisse à la chasse ! C’est pourtant pas sorcier !). Je n’avais que la lime de mon coupe-ongle.

Pendant que Couillu était occupé à brouter les guirlandes de Noël installée dans le buisson devant chez moi, j’ai put mener à bien cette lourde tâche. Autant vous dire qu’à la fin j’étais en nage. Pfou, je ne ferais pas ça tous les jours !

Enfin, j’ai put amener mon caribou (légèrement plus clignotant que quand je l’avais trouvé, mais l’effet a disparu au bout de trois jours) dans l’immeuble, ses bois collés dans le dos par le précieux chewing-gum. La laisse tenait bon et il se laissait guider sans trop de mal jusqu’au troisième, quand soudain…

LA PORTE du palier se dressait devant nous, nous toisant de toute sa hauteur réprobatrice.

« Tu ne me fais pas peur, Porte ! » lui lançais-je effrontément. Mon ennemie resta silencieuse. Et pile quand je m’avançais vers elle d’un pas décidé…

Elle CLAQUA.

Terrifié, Couillu rompis la laisse et s’enfuit en trombe dans le couloir du deuxième étage. J’hésitais à aller le chercher… Non, il fallait que je vainquisse l’ennemie auparavant.

Je tenais toujours mon épuisette à la main. Je n’avais pas besoin d’autre arme.

Je m’avançais.

La porte se rouvrit, m’invitant à m’avancer pour mieux se refermer à mon nez. Je la laissais faire, me contentant de la regarder yeux dans les yeux. Enfin elle n’avait qu’une serrure mais c’est pareil.

Je m’avançais toujours.

Elle frémissait. Guettant l’instant propice.

Alors, vive comme l’éclair (disons, un éclair qui prendrait le temps de se boire un petit café avant d’attaquer le boulot, mais quand même), je coinçais mon épuisette entre la porte et le chambranle, immobilisant ainsi définitivement mon ennemie de toujours. Victoire !

Par contre, il a été plutôt difficile de convaincre Couillu de monter. Il s’était caché derrière un extincteur, et se trouvait très bien là où il était. Et pas moyen de le faire bouger. Même le cri de la cariboute célibataire et pas difficile ne le fit pas frémir. J’ai dû me résoudre à… imiter le jappement de la chose mutante et indéfinissable que nous avions croisé dans le métro. Beurk.

Croyant reconnaître la voix de son copain, Couillu daigna enfin me suivre, et ainsi arriva sans encombres chez moi, où il se fit un devoir de dévorer méthodiquement la moquette, les canapés, les lits, et bien sûr la totalité du porte-manteau. Heureusement que mon colloc était absent.

Et pendant que le caribou ronflait sur ce qu’il restait de mon lit, toute fière, je prévins Fanny que la mission était accomplie. C’est alors que la foudre s’abattis sur moi.

Dans mon plan magnifique, j’avais complètement oublié la dernière phase, à savoir l’envoi de la bête à la principale intéressée.

Et merde.

C’est pour ça que, quelques temps plus tard, j’ai lâchement rendu Couillu à sa gang, pendant la grande migration des caribous qui traverse Montréal deux fois par an. Oui, je sais, j’ai honte, mais… finalement Fanny a complètement craquée sur mon petit caribou en peluche, alors j’ai pu rattraper le coup. Donc tout est bien qui finit bien.

FIN

D'après une histoire de Fanny

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dimanche 3 décembre 2006

Les Créatures Extraordinaires d’une maison ordinaire occidentale ***

Les Créatures Extraordinaires d’une maison ordinaire occidentale

Le frigo

On peut trouver de nombreuses choses étranges et mystérieuses dans un réfrigérateur tout à fait ordinaire (surtout quand quelque chose a coulé d’une boîte dans le bac à légume, qu’on ne s’en est pas aperçu parce qu’on ne se sert jamais du bac à légume, et qu’une nouvelle forme de vie est apparue au bout de trois mois). On peut séparer ces choses étranges et mystérieuses en deux catégories : les ordinaires (c’est à dire expliquée par la Science[1]) et les extraordinaires (c’est à dire décrites mais non expliquées, par rien ni par personne, et qui s’en foutent complètement). Dans ce chapitre, nous parlerons des extraordinaires, principalement parce que j’ai perdu mon microscope.

Il y aurait plusieurs façons de classer les créatures que nous allons étudier, et pour être claire, j’ai choisi de les nommer une par une au hasard, ce qui est toujours mieux que l’ordre alphabétique. Commençons donc par…

Les esprits farceurs

Symptômes : vous pensez avoir perdu la tête. La moutarde se déplace, les parts de pizza sont recouvertes de brocolis, le lait est rangé la tête en bas… et si vous n’habitez pas seul, les autres utilisateurs du frigo nient ou vous accusent carrément de ces méfaits.

Explication : et non, ce n’est pas vous, ce sont des esprits qui se sont installés là. Le frigo reste, avec le bureau, leur endroit préféré pour frapper, à cause de la proximité des objets et du fait que l’engin est la plupart du temps fermé. Non, le froid ne les dérange pas, on vient de vous dire que ce sont des esprits. Ils ne sont pas méchants, mais aiment semer le doute et la confusion. Les gens très organisés sont donc leur cible préférée, suivis de très près par tous ceux qui s’accusent mutuellement, jusqu’à se battre.

Ils n’aiment pas : les distraits qui ne s’aperçoivent même pas de leur présence, les bordéliques pour la même raison, les radins et les pauvres qui ne remplissent pas le frigo. Et par-dessus tout, ils détestent ETRE VUS.

Comment s’en débarrasser :

1)      En donnant le frigo à un distrait bordélique. Problème : vous perdez votre frigo.

2)      En essayant de les voir. Problème : c’est impossible.

3)      En installant un miroir dans le frigo, assez grand pour que les petites pestes s’y reflètent dès qu’elles osent s’approcher de vos concombres. Elles fuiront dans demander leur reste. Problème : tous ceux qui ouvriront votre frigo vous trouveront un peu bizarre.

L’enfer

Symptôme : lorsque vous ouvrez votre frigo, vous apercevez un immense trou rouge et brûlant, au fond duquel dansent les démons et les âmes damnées, dans des hurlements bestiaux. De plus, toutes les provisions que vous mettez dedans disparaissent.

Explication : votre frigo est une porte donnant sur l’enfer. Même si ce genre de choses peut se produire spontanément, c’est souvent le résultat d’une mauvaise manipulation au cours d’un rite satanique. Le frigo étant le seul meuble en métal pourvu d’une porte assez grande pour un être humain, c’est généralement sur lui que se chargent toutes les mauvaises ondes, jusqu’à ouverture de la porte. Notez que cette porte vous fera faire des économies de chauffage.

Il n’aime pas : les anges, les saints, le froid, les légumes.

Solutions pour s’en débarrasser :

1)               Demandez de l’aide à un ange. Problème : il déclenchera une guerre cosmique dans votre cuisine.

2)               Demandez de l’aide à un saint. Problème : c’est impossible à trouver de nos jours.

3)               Oubliez le froid, vous ne feriez qu’énerver les démons.

4)               Bourrez votre frigo de légumes, de préférence verts ou oranges. Les démons ne supporteront pas longtemps de vivre au milieu de tous ces trucs bons pour la santé, et se débrouilleront pour reboucher le trou. Problème : ça va vous coûter cher.

Il y a un Owart dans votre frigo

Fuyez.

Les givrotrons

Symptômes : votre frigo fait du givre. Même sur des plats encore chauds. Même en trente secondes. Et ce givre forme de superbes palais miniatures et des jardins de glace remplis de sculptures de toute beauté.

Explication : votre frigo est rempli de givrotrons, une espèce de forme humanoïde dont les individus font entre 1 et 1,5 millimètre. Ils raffolent du froid et passent leur temps à bâtir des constructions glacées. La base de ces monuments sont de petits bâtons de glace qu’ils peuvent produire avec leur salive, sans doute à partir de l’humidité ambiante. Ils les collent entre eux également grâce à leur salive. Leur vitesse est due à leur petite taille : ils vivent sur un rythme extrêmement rapide comparé au nôtre. A l’heure actuelle, on ignore encore si ils mangent, pensent, parlent, fument, etc…

Ils n’aiment pas : la chaleur, la sécheresse, le Sahara.

Solutions pour s’en débarrasser :

1)                Dégivrez votre frigo, ils mourront tous. Problème : vous commettez un génocide. Assassin.

2)               Abandonnez votre frigo dans le Sahara. Problème : non seulement vous commettez un génocide, mais en plus vous polluez.

3)               Laissez tomber, et achetez une loupe d’horloger pour admirer convenablement ce qu’ils ont fait à votre steak. Problème : vous n’oserez jamais le faire cuire.

4)               Coller un congélateur à coté de votre frigo, et tracez une piste d’aliments frais entre les deux. Veillez à ce que la température soit très froide, et à ce que le congélateur soit plein de nourriture vierge de toute décoration. Une fois que les givrotrons auront déménagé dans le congélateur, fermez-le et laissez-les dedans. Ils y seront très bien. Problème : vous avez des givrotrons dans votre congélateur.

Les esprits frappeurs

Symptômes : de temps en temps, votre frigo fait entendre un choc, comme si on le frappait de l’intérieur. Parfois même il tremble ou fait un petit saut sur place (entre 5 et 30 cm). L’intérieur reste toujours intact, mais si vous avez un chat, il refusera toute nourriture venant de l’engin, dont il ne s’approchera pas à moins d’un mètre.

Explication : votre frigo est hanté par des esprits frappeurs. Ces ectoplasmes le secouent pour s’exprimer, comme ils le feraient pour n’importe quel meuble.

Ils n’aiment pas : rien. Il n’y a rien que ces créatures aiment ou détestent, ce sont des forces immatérielles purement physiques[2].

Solutions pour s’en débarrasser :

1)               Faites venir un exorciste. Problème : c’est très cher, et il y a beaucoup de charlatans dans cette branche.

2)              Faites venir un médium et essayer de comprendre le message qui vous est adressé. Problème : si vous commencez à vouloir régler tous les petits ennuis des esprits frappeurs, vous n’avez pas finit.

3)               Changez de frigo. Problème : les esprits peuvent très bien se contenter de déménager dans le four.

4)              Tracez un cercle en poils de chat tout autour du frigo. Laissez-le trois jours et sept heures, puis balayez-le et jetez immédiatement les poils très loin, ou chez votre voisin que vous détestez. Une fois sortis de la fourrure, les esprits frappeurs se trouveront une nouvelle maison loin de la vôtre. Attention à ne pas les laisser se libérer dans votre voiture (d’où l’avantage du voisin). Problème : trouver les poils si vous n’avez pas de chat.

Les extraterrestres

Symptômes : votre frigo absorbe toute l’électricité de la maison, de l’immeuble, voir du pâté de maison, puis se met à léviter et à clignoter dans le noir, en passant par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Puis tout revient à la normale brusquement, à part le contenu de votre frigo qui souffre inévitablement du brutal retour sur terre. Depuis qu’il fait ça, les gens du quartier achètent très peu d’objets vantés par divers publicités.

Explication : votre frigo est utilisé par des extraterrestres pour influencer les esprits humains et tenter de faire évoluer l’humanité plus rapidement.

Ce qu’ils détestent : la télévision

Solutions pour s’en débarrasser :

1)              Laissez le gouvernement américain s’en occuper. Problème : on ne sait pas trop ce qu’ils comptent faire, mais ce n’est sûrement pas très sympathique.

2)              Fabriquez un émetteur qui leur transmettra un discours bien senti sur la liberté de se faire manipuler par qui on veut. Problème : vous savez fabriquer un émetteur, vous ?

3)              Détruisez votre frigo. Problème : non seulement vous perdez votre frigo, mais en plus ils utiliseront tout simplement celui du voisin.

4)              Scotchez vos provisions dans le frigo et mettez quelque chose entre pour les caler, afin qu’elles arrêtent de s’écraser. Problème : à force d’être influencé par l’anti-publicité, vous n’achetez plus rien à mettre dedans.

[1] La Science a le don de prouver ce qu’elle avance et donc d’avoir toujours le dernier mot. En fait, la seule chose capable de prouver que la Science se goure complètement, c’est une Science plus récente.

[2] Ne faites pas attention au paradoxe.


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samedi 2 décembre 2006

CPE ***

CPE

Personnages :

Pigeon 1

Pigeon 2

Scène : posés un câble électrique, au-dessus de la rue.

Pigeon 1 arrive et s’installe à coté de Pigeon 2

Salut !

Pigeon 2

Salut.

Pigeon 1

Alors, t’es venu voir la manif ?

Pigeon 2

Ben ouais. On a une belle vue d’ici.

Pigeon 1

T’y étais, à la première manif ?

Pigeon 2

Nan, j’étais malade.

Pigeon 1

Pas… pas la…pas le truc, quand même ?

Pigeon 2

Non, non, t’es fou… J’avais une petite gastro, j’ai dû becqueter du pain pourri, une connerie comme ça.

Pigeon 1

Ah, tu m’as fais peur… En tout cas, cette manif-là est vachement bien.

Pigeon 2

Dommage qu’ils ne mangent pas. Moi, j’adore quand il y a la Braderie, on retrouve plein de bouffe après…

Pigeon 1

Mais qu’est-ce que tu crois ? C’est vachement important ce qui se passe ! On est en train de faire la révolution ! Après tout va changer ! Du pain sec pour tous, pas que pour les poneys !

Pigeon 2

Wow, mais t’es resté trop longtemps derrière un pot d’échappement, ma parole ! Je te signale que c’est pas on, c’est ils. C’est les humains qui font la révolution, et ils en ont rien à foutre de savoir si c’est nous qui avons le pain sec ou ces connards de poneys. Ils se battent pour leurs droits.

Pigeon 1

Ben, ils seront sûrement solidaires. Pour la nature, l’environnement, et tout le bordel.

Pigeon 2

Nan, le droit du travail, ça a rien à voir avec Greenpeace.

Pigeon 1

T’es sûr ?

Pigeon 2

Certain.

Pigeon 1 fait un peu la gueule

N’empêche que, même si ils s’en foutent de la nature, ils s’en foutent pas de nous ! Ils vont faire un truc spécial pour la protection des pigeons.

Pigeon 2

N’importe quoi.

Pigeon 1

Si, je l’ai vu à la première manif ! C’était marqué sur une pancarte : CPE ça veut dire Cherche Pigeon Exploitable.

Pigeon 2

Dis, tu serais pas un peu colombe, toi, sur les bords ?

Pigeon 1

Hein ?

Pigeon 2

Je veux pas vexer, mais t’es vraiment con. Ils mettent qu’ils veulent de pigeons exploitables. Ça veut dire qu’ils vont nous exploiter ! Ex-ploi-ter, c’est pas un truc bien ! C’est…, heu, c’est…

Pigeon 1

Ben vas-y, monsieur je-sais-tout-mieux-que-tout-le-monde, dis-moi ce que ça veut dire exploiter !

Pigeon 2 guette désespérément la foule, puis reçoit l’illumination

Ben, ça veut dire qu’ils nous font bosser en labo ou un truc comme ça…

Pigeon 1

Et c’est pas bien, ça, peut-être ? Bien au chaud, bien nourri…

Pigeon 2

Justement, non ! Ils nous nourrissent avec des vers et des insectes, des merdes comme ça, et quand ils en ont marre, ils nous foutent à la rue. Et en échange, tu dois bosser comme un malade. Ou pire… Faire des tests.

Pigeon 1

Des tests ? Pas pour… le truc, quand même ?

Pigeon 2 très sûr de lui

Si. Pour la grippe aviaire.

Pigeon 1 indigné

Putain, quelle bande de salauds ! On va leur faire voir ce qu’on en pense, de leur CPE !

Pigeon 2

T’as raison ! Prêt à lâcher la caisse ?

Posté par Luma à 15:56 - Humour - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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