Ecriveuse en herbe

Envoi d'histoires, textes, nouvelles, scénario de BD et tentative de roman que j'ai écrit. Plus elles sont bien, plus il y a d'étoiles après le titre. Bonne lecture ! (textes protégés donc demandez avant de les utiliser merci)

mercredi 18 juin 2008

Sourire ***

Sourire

Son nom est Nina Ichka. Un prénom doux, un nom de famille qui se crache. Personne ne l’appelle jamais par son prénom.
Ce qui lui convient très bien. Nina Ichka est une femme qui déteste l’humanité toute entière. Elle déteste les enfants parce qu’ils font du bruit et les vieux parce qu’ils n’en font pas. Elle déteste les amoureux parce qu’ils sont naïfs et les businessmen parce qu’ils sont cyniques. Elle déteste les hommes, elles déteste les femmes, elle déteste les chasseurs, elle déteste les végétariens, elle déteste les croyants, elle déteste les athées, elle déteste les chômeurs, elle déteste les travailleurs, elle déteste les gens qui ont les yeux bleus, ceux qui ont la peau noire, ceux qui ont un grand nez, ceux qui ont des petites épaules, ceux qui parlent, ceux qui respirent…
Nina Ichka a presque quarante ans aujourd’hui et parait bien plus âgée : jamais de sa vie elle n’a teint ses cheveux ni n’a pris soin de sa peau, et des mèches blanches parsèment sa chevelure brune coupée court, encadrant mal un visage sévère et ridé. Uniquement des rides de colère. Le visage de bois de Nina Ichka parait s’être figé il y a bien longtemps en un masque de fureur. Sans doute la colère de voir, autour d’elle, autant d’êtres humains s’ébattre en toute liberté. Elle est bloquée dans son indignation.
Mais si son visage est celui d’une vieille femme, son corps parait jeune et sain comme celui d’une championne olympique. Elle était grande et mince par sa nature, et a peu à peu ajouté des muscles à ses os longilignes, principalement en s'entraînant à la boxe. Personne n’osait lui faire face sur ce terrain, ce qui ne l’a pas empêchée, par provocations et manipulation, de défoncer le visage de nombreux adversaires. Elle est forte et aucuns travaux ne lui font peur. Heureusement pour elle, puisqu’elle vit seule, dans une maison loin de tout et surtout de tout le monde, sans téléphone, ni télévision, ni internet, et sans que le facteur n’ose mettre une roue de sa camionnette sur son chemin.
Nina Ichka vit en partie de sa propre production, et complète – pour ce qu’elle ne peut pas fabriquer elle-même ni faire pousser dans son jardin – en racketant ses voisins et tous les touristes sur lesquels elle peut mettre la main. Une fois qu’elle a trouvé ce dont elle a besoin, elle se sert, et si quelqu’un proteste, elle le tabasse. Personne ne porte plainte. Car ce n’est pas seulement la folie de Nina Ichka qui effraie. Ce sont surtout ses yeux. Deux vrilles de haine et de mépris lancés à la face du monde. Un regard impossible à soutenir. Un atroce scanner qui voit jusqu’au fond de l’âme de sa victime et lui affirme que oui, sans aucun doute, il vaut moins qu’un cloporte. Et qu’il sera tout à fait aussi facile à écraser.
Il ne fait donc aucun doute, dans le coin, que Nina Ichka est une sorcière et que porter plainte contre elle reviendrait à apporter le malheur sur toute sa famille pour des générations. Sans compter, plus prosaïquement, que le vol d’un bidon d’essence ou d’une hache neuve ne la conduirai pas en prison bien longtemps. Et qu’à son retour, si ce n’est pas sa magie qu’elle déclenche sur le délateur, ce sera la furie de ses poings. Des poings qui, dit-on, traversent l’écorce des arbres.
Et en plus, ajoutent les rumeurs, elle mange les petits enfants égarés.
(à ce stade-là, la narratrice ne peut confirmer ou infirmer, parce qu’elle a préféré ne pas vérifier.)
(en tous cas, Nina Ichka a un grand four.)
(taille 4 ans au moins)

Il faut donc le désespoir et la terreur la plus folle pour oser mettre un pied sur le terrain de Nina Ichka…
Désespoir et terreur folle, c’est bien ce qui a l’air d’arriver à ces quatre jeunes gens (Brenda, Joanna, Luc et Kévin) qui déboulent ce matin sur le chemin de Nina Ichka. Leur voiture fait un énorme dérapage incontrôlé dans la boue, devant la maison, et termine sa course brutalement arrêtée par un arbre. Alertée par le bruit, Nina Ichka attrape rapidement son fusil – toujours chargé – et sort voir. En l’apercevant sur le pas de la porte, la première fille, Joanna, se met aussitôt à hurler comme une possédée :
« A L’AIDE !!!!!!!!!!!!!!!! JE VOUS EN SUPPLIE, MADAME, AIDEZ-NOUS !»
Nina Ichka a souvent entendu appeler à l’aide quand elle apparaît, surtout quand elle apparaît avec son fusil, une imposante arme militaire qu’elle utilise pour chasser certaines grosses bêtes. Mais c’est bien la première fois qu’on la supplie de sauver qui que ce soit. L’espace d’un moment, elle se demande si ce sont des touristes qui s’imaginent poursuivis par un sanglier – avec les citadins, maudits soient-ils, tout est possible – mais très vite elle reconnaît les occupants de la voiture. Elle déteste tous ses voisins mais a une bonne mémoire. Il n’y a pas si longtemps, ceux-là étaient encore des gamins qui se lançaient comme défi d’oser approcher le plus près possible de la maison de Nina Ichka – ou peut-être pire, avec les campagnards, maudits soient-ils, tout est possible. Elle braque son arme vers eux et dit calmement :
_ Tirez-vous ou je vous tue.
Si Nina Ichka ne tire pas sur-le-champ, c’est bien pour éviter les ennuis avec la maréchaussée, et pour ne pas avoir à s’embêter des corps. La réaction des intrus la surprend. Ils sortent de la voiture. Oh, en pleurant et en suppliant, preuve qu’ils ne sont pas fous ni totalement dénués d’instinct de survie, mais ils sortent, alors qu’elle vient précisément de leur ordonner le contraire. Du moins, trois d’entre eux sortent. Le quatrième, Kévin, reste assis dans la voiture, respirant par des râles atroces. Les autres pleurnichent des histoires de monstres et morts qui tuent, d’abominables morts-vivants errant dans les rues à la recherche de cervelles à sucer et de morsures transmettant la maladie.
Nina Ichka est, pour sa part, une mauvaise vivante, et quelle que soit la chose encore plus terrifiante qu’elle – ce qu’elle demande à voir – qui a poussé ces gamins à venir l’emmerder, ils n’ont qu’à y retourner, ou sinon elle pourrait bien perdre patience et perdre son temps à enterrer quatre corps quelque part dans les bois. Tant pis pour les flics, elle fera l’effort de ne pas laisser d’indices derrière elle, ce ne serait pas la première fois.
Elle vise la voiture et tire.
Les filles hurlent, le garçon reste figé sur place et vide sa vessie. L’autre garçon, celui qui paraissait mal en point, se prend la balle en pleine poitrine, qui explose. Nina Ichka n’avait jamais testé cette arme sur un humain et elle trouve l’effet assez réussi. On sent que ça a été prévu pour.
Maintenant, elle doit se débarrasser des autres gêneurs avant qu’ils ne s’enfuient…
Mais avant qu’elle ait le temps de tirer à nouveau, Kévin, contre toute attente et malgré la garantie accompagnant l’excellent fusil, se redresse. Il a même l’air d’aller beaucoup mieux. On peut voir ses poumons bouger sous les cotes éclatées. Mais pas son cœur. Il perd du sang à gros bouillons. Ça n’a pas l’air de le déranger. Il peine un peu pour ouvrir sa portière, mais finit par sortir de la voiture.

Nina Ichka est assez surprise pour baisser légèrement son fusil. Ok, finalement, peut-être que les jeunes n’étaient pas des drogués cinglés ayant forcé sur les hallucinogènes et/ou les psychotropes. Elle marmonne pour elle-même :
_ Des morts qui tuent, hein ?
Les filles pleurent et s’écartent de la trajectoire de ce qui reste de Kévin, ce qui n’est pas difficile, étant donnée la lenteur avec laquelle il titube. Mais Luc reste pétrifié sur place. Arrivé à sa portée, Kévin bondit vers lui d’une façon étrangement plus souple et rapide – Nina Ichka note pour elle-même de se méfier de leur lenteur – et lui mord sauvagement la nuque.
_ Oh nooooooooooooooon ! gémit Brenda. Non, non, non, il est contaminé aussi, il va mourir, non, non, pitié, non…
_ Hé, Barbie ! lance Nina Ichka d’une voix méprisante. Comment ça se tue définitivement, ces machins ?
_ Je je je ne sais pas, je ne sais pas, ils se relèvent toujours, il…
_ Il faut exploser la cervelle, dit Joanna. Dans les films. En vrai, je ne sais pas.
Kévin est toujours très occupé avec Luc, qui ne hurle plus mais parait contempler le pire des cauchemars – alors que le pire des cauchemars est juste derrière lui. Un horrible bruit de succion s’élève distinctement dans le silence de la campagne. A la grande horreur de Joanna et de Brenda, Nina Ichka pose son fusil et rentre chez elle en claquant la porte. Les deux filles se précipitent pour tambouriner à la porte quand celle-ci se rouvre. Nina Ichka porte négligemment sur l’épaule une masse de bûcheron, pesant 4 kilos, qu’elle utilise ordinairement pour planter des piquets de ses bras puissants. Elle ignore les filles et s’avance vers les zombies.
La masse ne vaut rien comme arme : la force de son impact provient de son poids et ce même poids la rend trop lente à déplacer. En théorie.
En pratique, Nina Ichka lève la masse si vite qu’elle laisse une traînée noire dans l’air avant d’éclater d’un même geste les crânes de Kévin et de Luc, qui sont brutalement détachés de leurs colonnes vertébrales respectives et s’envolent. Les deux corps s’écroulent. Nina Ichka les enjambe, écrasant au passage ce qu’il reste d’une main, et va jusqu’aux têtes. La première a été arrêtée par un arbre. Le crâne a été fendu, la dure-mère aussi, et des morceaux de cervelle ont été projetés un peu partout. Pour plus de sécurité, Nina Ichka lève haut sa masse, le manche droit, et écrase ce qui reste dans un bruit atrocement mou. Puis elle part à la recherche de l’autre tête.
Une tâche difficile, même pour une chasseuse expérimentée comme Nina Ichka, car de hautes fougères, ronces et orties s’élèvent entre les arbres. Soudain elle sent que quelque chose lui agrippe la botte. C’est bien la tête de Luc, insuffisamment cabossée par le premier coup, qui tente de la mordre et qui a planté les dents profondément dans le cuir épais. Pas moyen de lui faire lâcher.
Nina Ichka choisi alors un arbre et donne un grand coup de pied dedans, fracassant la tête contre l’écorce.
Lorsqu’elle ressort des bois, elle voit les deux jeunes filles, terrorisées, agrippées l’une à l’autre et tremblant de tous leurs membres. Elles gémissent en la voyant revenir vers elles, la masse et la botte tachées de sang et autres résidus humains. Nina Ichka sent certains muscles inhabituels de son visage se contracter. Cet exercice lui a bien plus. Et, pour la première fois depuis des années, elle sourit.
Pour la première fois de leur vie, Brenda et Joanna voient Nina Ichka sourire.
Et elles hurlent de toute la force de leurs poumons.

Retrouvez la suite tous les samedis soirs sur http://episodierdeslyres.over-blog.com/categorie-10456570.html

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lundi 4 décembre 2006

Souvent seule le soir ***

Souvent seule le soir

Ce soir comme tous les soirs je suis seule. J’ai une chambre, très jolie, chez des gens. Je l’ai décorée moi-même. Il y a des petites fleurs et des tissus. Tout est très très gai.

Ce soir, j’en ai marre d’être seule. J’ai l’impression d’être morte, en fait. Je ne ressent plus rien. Je suis sûre que je suis un zombie, un cadavre. Depuis un moment, je joue avec des ciseaux. Après tout, il y a un moyen simple de vérifier.

J’écarte les lames et je remonte ma manche. Je caresse mon avant-bras, je ne sens même pas le froid des lames. J’appuie, et puis j’entaille carrément. Ça coule, bien rouge, bien vivant. Et ça fait putain de mal. Je m’engueule moi-même, à voix basse, et je vais nettoyer tout ça. L’eau devient rouge, c’est si joli.

Je saigne beaucoup, je vais sans doute mourir. Ok, ça me va.

Tant qu’à y être… j’ai envie d’essayer encore.

Je me glisse dans le garage. Ici, il y a tout ce qu’il faut pour s’amuser. En premier, un sécateur. Je glisse mon index entre les lames. Non, je n’oserai jamais… En même temps, c’est excitant. J’ose, j’ose pas ? J’ai le cœur qui bat à toute allure.

J’ose.

La douleur est pire que tout à l’heure, elle me remonte dans tout le bras, comme un courant électrique. Je crie, heureusement il n’y a personne. Le doigt est coupé jusqu’à l’os, ça gicle. Insuffisant, je veux le détacher de ma main, le piétiner, ou jouer avec comme un chat. Je l’attrape et je tire dessus, l’os n’est plus attaché par beaucoup de chair mais il en reste pas mal sur les cotés. Je déboîte mon os comme un os de poulet, avec le même petit bruit qui craque, et je tire bien pour enlever les bouts de peau et d’autres machin qui restent. C’est marrant, mais à cause du sang mon doigt me glisse entre les autres doigts. Je lève ma main blessée à hauteur de mon visage, l’index pendouille comme une pauvre petite chose morte. Je le met à ma bouche et je coupe ce que je peux. C’est pas très bon, c’est douceâtre et écœurante, je trouve que ça manque de sel, et cette idée me fait pouffer de rire, ça jette des postillons rouges partout.

J’arrive à arracher mon doigt.

Est-ce que je m’en fait un autre ? J’ai tellement mal, ça ne peut pas être pire. Autant m’amuser.

D’abord, je vais le manger. Tant qu’à être dingue, autant être dingue jusqu’au bout, et la viande crue c’est vraiment trop dégueu. Je monte dans la cuisine, mon doigt précieusement serré dans ma main valide. Je le fait sauter à la poêle, bien salé. Mais il pue très vite, à cause de l’ongle qui fond et brûle. Je l’avait verni en vert ce matin.

Je goûte mon doigt. Trop cuit autour, cru autour de l’os, je n’aime pas trop. Je ronge un peu l’os, ça ne fait rien de spécial. A part ça, je saigne toujours, et j’attends de mourir. J’ai quand même la tête qui me tourne un peu, je m’assoie, en tailleur sur le carrelage. J’ai mal.

Je remonte ma main blessée contre mon cœur, et je met mon moignon de doigt dans ma bouche, comme je le faisait avec les coupures quand j’étais petite. Avant d’arracher la croûte.

Je prend un couteau et commence à me piquer le visage avec. J’enfonce un tout petit peu la pointe, jusque assez pour faire un tout petit point de sang, sur mon menton, sous mon menton, sur la gorge, sur l’épaule, sur la joue… Sauf que sur la joue, j’appuie un peu plus, je n’ai jamais put supporter mes joues. Je me fais une belle balafre verticale, entre la mâchoire et l’œil, en faisant glisser le couteau de haut en bas, encore un peu, et encore un peu, et j’ai beaucoup moins mal que pour le doigt, ça m’encourage. Je sourie, ça fait tout bouger et je saigne comme une cascade. Je sens le sang me couler sur l’épaule, je le vois me dégouliner sur le bras, il y en a vraiment un paquet. Allez, depuis tout à l’heure j’ai bien dû perdre mes 5 litres ?

Je me sens très lucide, très éveillée, comme si toute ma vie j’étais restée dans un voile cotonneux et que je viennes de l’enlever. Je sais ce que je fais, et je sais pourquoi je le fais. Je me relève en glissant un peu sur le sang. Debout, bien droite, les idées claires, je penche mon couteau et me dessine une croix sur l’œil, pas celui au-dessus de la joue coupée, l’autre, avec la lame. Au premier passage mon œil crève. Extinction des feux. Ça coule, ça suinte, ça pue, ça me dégouline le long de la joue, du menton, et j’aimerais bien couper cette foutue douleur pour suivre la sensation comme il faut. Et le truc tombe par terre, sur le carrelage, j’entend le plof de l’atterrissage.

Ma main tremble quand je trace le deuxième trait, dans l’autre sens. J’entaille moins profond. J’ai mal comme je n’ai jamais eut mal de toute ma vie, et mes trois douleurs -  ma main, ma joue et mon œil – se rejoignent dans une torture qui m’envahie toute entière, des pieds au sommet du crâne. Je suis foutue ; j’essaye un dernier truc, pour finir en beauté. Les premiers qui trouveront mon corps vont vomir, autant faire aussi gerber les pompiers.

Je lâche le couteau qui tombe dans un tintement assourdi – je crois que je n’entends plus très bien. J’ai le cerveau qui bourdonne. J’allume le gaz sous les trois brûleurs, flamme maximum. Et je pose, délicatement, mon visage torturé dedans. Mes cils et mes cheveux fondent si vite que je m’en rend à peine compte. Je sens peu les flammes sur ma joue et mon œil coupés, mais très fort ailleurs. La douleur est moins vive qu’avec le couteau, mais je dois utiliser mes dernière réserves de force pour rester. Et maintenant je n’en peux plus.

Je me laisse glisser à terre. Mon autre œil va bien, enfin je crois, de toutes façons je ne peux plus ouvrir ma paupière brûlée alors je m’en fous. Je me recroqueville sur le coté, comme un monstrueux fœtus de douleur. Je n’arrive plus à bouger un seul de mes muscles. Je ne peux plus ouvrir la bouche, je crois que mes lèvres sont soudés. C’est maintenant qu’il faudrait que je meurs.

J’attends.

Posté par Luma à 22:39 - gore - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

samedi 2 décembre 2006

Le club des psychopathes *

Club des psycopathes



Le tueur remonte la rue. Il tourne dans une ruelle sombre, slalome entre les poubelles, effrayant un chat errant au passage. Devant lui marche, très vite, une femme. Elle est seule. Le bruit de ses talons rempli tout l’espace. Comme s’ils étaient seuls au monde. Le tueur souri dans l’ombre. Il a sorti un couteau de sa poche. Et attaque la femme, avec la rapidité du serpent.

Une ... deux ... trois secondes se sont écoulées. Trois secondes et tout ce sang. Quand on arrache une tête, il ne reste quasiment que de la viande blanche, surtout si on suspend le corps par les pieds. La femme est très satisfaite de sa prise, mais hélas elle n’a pas le temps de recueillir le sang et les viscères : on l’attend au club.

Quand elle ressort de la ruelle, son tailleur blanc est toujours impeccable, sauf une tache rouge-marron sur son cœur. Et une autre au coin de ses lèvres, qu’elle efface rapidement d’un coup de langue. Elle entre dans un immeuble très chic et brillamment éclairé. Un garçon stylé lui propose de la débarrasser, à qui elle donne son manteau, sa veste tachée, son sac à main, son sac en plastique contenant une tête humaine, et deux cent euros de pourboire. Travailler au club est gratifiant.

Elle s’avance. La salle est toujours décevante pour les nouveaux - on s’attend à un palace, et on tombe sur une kermesse. En apparence. Car les gens qui bavardent en tenant une tasse dans une main et un gâteau dans l’autre sont tous des psychopathes, prêts à massacrer sans scrupule le flic, la veuve et l’orphelin.

Émilie est assez mal à l’aise avec eux. Disons qu’elle est prête à discuter, mais évoquer ses crimes comme s’ils étaient banals gâche son plaisir. Pourtant, inlassablement, elle revient. Pourquoi ?

Pour la même raison que tous les autres, suppose-t-elle. Parce qu’ils s’emmerdent. Elle boit, mange, fume et s’ennuie. Comme d’habitude.

Et le monde explose.

Au bout de quelques heures , elle peut rectifier cette dernière impression. Non, pas le monde, pas en entier. Juste la salle. Ils ont tous été pris au piège. L’état leur a mis la main dessus et vu l’humeur de la presse il a dû sortir le gant à clou. Ils en sortiront assez vivants pour être exhibés, fous et agonisants, à la foule enragée.

Maintenant Émilie est seule dans le noir. Elle déteste l’absence de lumière.
Un homme entre. Froid comme un robot - ou comme la mort. Il sourit. On sent qu’il s’est entrainé. Il lui parle de ses crimes, ses exploits : il connait tous les détails. Elle est foutue.
Puis, sans un mot, il lui tend un contrat. Elle lit, stupéfaite. Dans le milieu, on appelle ça un pacte avec le diable : travailler pour l’ennemi, tout simplement. Elle signe. L’homme robot sourie.

FIN 

Posté par Luma à 15:52 - gore - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Babysittor et l’Enfant Monstrueux **

Babysittor et l’Enfant Monstrueux

Comptine pour enfants sages

Le soir, tremblez, gentils marmots ;

Cachez-vous sous les escabeaux

Enfermez-vous dans les placards,

Voilà l’Enfant Monstrueux qui viens vous voir.

Ne claquez pas des dents, gentils marmots,

Pour lui c’est un doux bruit de grelots

Si de ses longues oreilles il entend ça,

Dans votre cachette il vous trouvera.

Vous entendrez d’abord, gentils marmots

Son nez qui inspire, qui vous sent tout chauds

Qui se délecte de votre peur, calcule votre poids

Et vous trouve à croquer – un vrai met de roi.

Puis vous verrez ses griffes, gentils marmots,

Déchiqueter la couverture, l’escabeau

La porte du placard, celle du coffre-fort,

La faible protection que vous avez choisi à tort.

Et quand il vous prendra, gentils marmots,

Vous plongerez vos yeux dans les siens, si beaux :

Ses pupilles noires sur fond de sang

Paraissent danser comme des flammes, gentiment

Et quand il jouera avec vous, gentils marmots,

A ces jeux drôles et fascinants où l’ennui est de trop.

Vous resterez hypnotisés par ces iris rouges,

Dans lesquels, quand il est trop tard, les démons bougent.

Quand enfin le jour se lèvera, gentils marmots,

Vous pourrez, sans peur, sortir de vos Legos,

Emerger de vos placards, l’imaginer repus,
Il n’est pas venu cette nuit – il ne viendra plus.

Car le jour, comme vous, il doit se lever,

Aller à l’école, faire ses devoirs,

Et pour le surveiller, une femme est désignée,

Nouvelle tous les matins, dévorée tous les soirs.

Mais ce matin, la nounou n’est pas normale.

Apparue soudain, comme par hasard,

Elle n’a pas peur de ses griffes. Elle se la joue banale,

Mais plonge les yeux dans son terrifiant regard.

Derrière ses lunettes noires,

Qui jurent avec sa sobre discrétion

L’Enfant voit des choses qu’il ne peut croire,

Des yeux qui expliqueraient ses façons.

Elle ne frémit pas en entendant les hurlements,

Et ne parviennent à la faire trembler

Ni les grognements, ni les gémissements,

Mais le voir tout de boue taché.

Elle l’appelle Poupougnet.

Quand il la mord, violemment,

Elle le trouve tout mignonnet

Et lui casse toutes les dents.

Elle le serre dans ses bras graciles

Comme pour broyer un train.

Elle le lave, le coiffe et l’habille

Avec des tons pastels et des petits lapins.

L’Enfant Monstrueux de sa griffe leste

Veut lui arracher ce visage faux

Elle lui sourit avec ce qui reste

Et lui lime les griffes jusqu’à l’os.

Et cette nuit, quand il s’élance

Pour jouer avec ses amis les gentils marmots,

Elle préfère qu’il écoute l’histoire en silence

Et l’attrape, l’enchaîne et le musèle – plus un mot.

Ligoté à son lit, l’Enfant Monstrueux

Cauchemarde toute la nuit de petits lapins roses

De forêt enchantée, de méchants peureux,

Et de gentilles fées qui veillent sur les choses.

Ce matin, l’autre cauchemar le prend

Il est lavé, coiffé et habillé.

Il a caché une arme, mais elle le surprend

Et dans son bain manque de le noyer.

Même ses puissantes ailes

Ne peuvent lui permettre de s’enfuir :

Babysittor le fait tomber du ciel

Simplement en ajustant son tir.

Et à l’heure du thé, nouveau sermon,

Car elle invite ses amies – nouvelle torture.

Toutes en cœur hurlent « Qu’il est mignon ! »

Et viennent lui pincer les joues, bien sûr.

L’heure est grave, il le sait.

Babysittor aura bientôt sa peau.

Elle ne lui donne que des bonbons à manger

Et – horreur ! – il doit manger du gâteau.

Depuis le début, il a compris qui elle est.

Ce n’est pas dans les règles, c’est un dur sacrifice,

Mais pour se débarrasser de son ennemie jurée,

Il faut en passer par certains artifices…

Quand elle vient pour l’histoire, il est déjà en pyjama,

Celui bleu ciel, et sur la poche de cette chose

Sont brodés deux petits nounours de soie

Qui s’embrassent sur un cœur rose.

Il suce un bonbon, et ne le croque pas.

En une seconde il pourrait le broyer,

Ses puissantes mâchoires sont là pour ça,

Mais non, il le fait bien durer.

Elle s’assoit sur le lit, il se colle contre elle,

Sans chercher à la frapper, à l’étouffer, à l’étrangler,

Tendrement appuyé sur sa chemise en dentelles,

Il met son pouce propre dans sa bouche édentée.

Et quand, dans un sursaut d’horreur,

Babysittor se dégage de son emprise,

Il fait celui qui a peur

A cause de cette mauvaise surprise

Et pour l’achever définitivement,

Il lève vers elle les yeux les plus innocents

Les plus tendres, les plus charmants,

Qu’on ait inventé de mémoire d’enfant.

Ainsi la créature – quelle qu’elle soit

S’enfuit à toutes jambes, ou à toutes patinettes.

Difficile de dire à quoi

Elle pouvait bien ressembler sans lunettes.

Vous feriez mieux, gentils marmots, quand revient la nuit,

Retourner sous vos couettes et dans vos placards,

Parce qu’après sa brillante comédie

L’Enfant Monstrueux a faim – il restera tard.

Fin

Posté par Luma à 15:50 - gore - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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